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4 juillet 2012 - Par jaumont - Tags : Actualités Edito

My name is Bond… Euro-Bond!

 

On aimerait bien que, comme cet agent secret irréel, ces fameux  Euro-bonds soient « THE » solution. Irréalistes, sinon irréels c'est pourtant bien une de leurs caractéristiques.

Pour bien comprendre pourquoi cette idée est proposée par les pays en difficulté (ou en passe de l'être) et repoussée par ceux qui ne le sont pas (ou pas assez), laissez-moi un instant revenir quelques années en arrière.

Nous étions alors une bande d'amis étudiants en tout genre, avec des moyens différents, des besoins différents, des dépenses différentes. Une forme d’Europe finalement. Nous nous retrouvions une fois par mois pour dîner ensemble, un moment « parfait » pour confirmer notre amitié et construire des projets communs.

Et pourtant un rituel singulier s'était installé peu à peu, un rituel autour de l’argent.  Une valeur bien loin de l'amitié et de la solidarité, mais bref, un rituel : un parmi les douze demandait à chaque dîner, avant de choisir dans le menu, quelle serait la méthode pour payer l'addition. Je vous passe le talent qu'il y mettait et je reformulerais la question de manière plus abrupte : "partagerons-nous l'addition finale à parts égales ou chacun paiera t-il ce qu'il aura consommé ?"

Dans un élan d'amitié bien naturel, les buveurs de vin comme ceux d'eau de table, les mangeurs de pizzas comme les amateurs de viande proposaient le partage à parts égales.

Et bien, suite à cette réponse, la technique était simple : le fameux « 1 parmi 12 » en question se mettait alors en quête du repas le plus plantureux qu'il était possible de faire !

Mais après quelques dîners suivant systématiquement ce processus, je dois reconnaître que l'agacement des « copains-sceptiques » s’est fait sentir. Ne voulant pas gâcher cette belle amitié, nous sommes tous restés dans un non-dit sans doute un peu hypocrite mais protecteur, en apparence, de nos projets communs. Certains en parlaient en dehors de ces dîners, expliquant qu'après tout les plus aisés contribuaient au maintien de cette amitié et de cette solidarité, en évitant le débat, la discussion et les "contrôles".

Puis un jour, on le vit arriver avec une montre de luxe, nous qui n'étions équipés au mieux que d'une montre en plastique bon marché, nous qui financions chacun de ses diners…  Peu importe la nature de l’objet, le problème était la découverte de cet investissement en contradiction avec l’honnêteté nécessaire à tout système commun non contrôlé. Finalement cette fameuse solidarité avait été abusée, sans méchanceté, probablement même de manière innocente. Mais nous nous sommes vite rendus à l’évidence : si seulement deux ou trois sur les douze se mettaient à suivre le même comportement alors cela poserait un vrai problème financier. Surgiraient alors de réelles questions sur la confiance nécessaire à tout projet commun. A ne pas vouloir en parler tous ensemble et trouver une solution raisonnable, nos diners se sont arrêtés quelques temps, et d’autres projets ne se sont probablement pas faits.

Le parallèle est évident avec les pays européens et les Euro-bonds, sauf que les additions sont plus lourdes à digérer pour tous !

Pourquoi l'Espagne et la Grèce, entre autres, sont-elles "pour" ?? Pourquoi l'Allemagne est elle "contre" ?? Pourquoi l'Allemagne y met-elle des conditions d'Europe fédérale, de contrôle et de charte de dépense et de fiscalité ??

Tout simplement parce que la construction européenne, si elle doit se faire par l’utilisation des Euro-bonds, ne peut s’envisager durablement sans contrôles, sans une perte partielle de la souveraineté nationale au profit d’une Europe plus unifiée et plus cohérente. Une Europe à la fois construite sur des valeurs humaines mais aussi sur la responsabilité de chaque Etat en échange de la solidarité de tous les autres. Sinon chaque élection risquerait fort d’être l’occasion de nouvelles promesses financées par les Euro-bonds avec le danger d’une surenchère et d’une contagion rapidement insoutenables pour les « cotisants ».

Les années qui viennent vont sous une forme ou sous une autre prendre l’apparence d’une guerre. Souhaitons qu’elle ne reste qu’économique et qu’il ne s’agisse que d’une guerre froide. C’est là peut-être que nous aurons besoin de Bond… de « Project Bond » ??

 

Dominique Ceolin, président du groupe ABC arbitrage – Paris, 4 juillet 2012

 

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